LES METAUX SOURDS
   
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La peinture est une vie silencieuse dans un monde sans fin.

N’en déplaise aux fossoyeurs qui l’affirmaient morte et enterrée, elle se porte bien. Et depuis quelques temps, elle fait même preuve d’un solide dynamisme. Et le peintre reste une simple personne debout, toute seule, dans son atelier, avec ses toiles et il en compose des dizaines l’une après l’autre, chacune lui apprenant ce qu’il adviendra de la suivante. Le peintre ne parle pour quiconque d’autre que de lui-même, et il crée uniquement ce qui, sans cela, resterait pour lui un mystère total. Celui-ci demeurerait donc impénétrable sans le geste muet et solitaire de la réalisation d’une toile -  de cette toile-là, celle dont il s’occupe.

Dans l’acte même de peindre, l’artiste impose donc sa vision du monde et s’oppose de fait à la façon de voir du plus grand nombre. Peindre, par définition même, ne peut plus être politiquement correct.

Exprimer avec fougue la matière sensuelle, la chair de la peinture reste le credo de quelques créateurs. Laurent est de ceux-là.

Dans ses toiles, le monde s’y donne à lire et à voir, ici dans la déliquescence de ses humeurs, là dans le jeu brouillé de textures. Fortes des épaisseurs denses des strates urbaines dont la puissance expressive le dispute à une calligraphie très libre, ses toiles sont celles d’une écriture  griffée, grattée, accidentée, qui dit la distance entre la représentation et la vie.

A l’instar d’un Brassaï qui, appareil photo au poing, parcourait les rues de Paris, Laurent fait littéralement éclater la matière picturale en la portant, serais-je tenté d’écrire, à un point de condensation extrême. Le sens de ces phrases lapidaires, entre adages populaires et graffiti dérisoires, est autant dans la réflexion profonde que dans l’humour décalé, autant dans le dialogue entre texte et couleur que dans celui entre plan et relief.

Nous sommes en présence d’un art requis par un nouveau regard. Le mur, la palissade, le support, envahis par les traces de la vie, y sont omniprésents. Tour à tour, motif et modèle, texte et prétexte, ils sont les uniques objets de la peinture.

Le reste ne fait qu’y passer.

Ephémères et troublants, traces et vestiges des activités humaines se donnent à voir. C’est autour de ce constat que Laurent, le peintre, prend le temps de tisser ses œuvres. Et le Temps, pour lui, c’est la peinture elle-même. Elle se fait souvent abstraite, peut parfois gagner l’étendue de compositions où tout s’entrechoque, se télescope,  intérieur et extérieur, il n’en reste pas moins que nous ne pouvons en  parler que de façon organique.

En effet, cette quintessence du minéral respire, profondément. Elle devient le corps de la peinture, en somme. Sa chair. Et passant par-là, la peinture de Laurent devient universelle, touchant au plus intime de l’être de chacun d’entre nous.

Claude Stas

 

Laurent Dierick - www.lesmetauxsourds.be